L'endométriose : une pathologie fréquente encore insuffisamment reconnue
L’endométriose est devenue relativement médiatisée ces derniers mois. Cette mise en lumière se justifie pleinement : 10% des femmes sont concernées par l’endométriose ! (Selon l’OMS).
Souvent mal connue, banalisée, mal comprise ou diagnostiquée tardivement, l'endométriose est une maladie inflammatoire chronique qui touche environ une femme sur dix en âge de procréer. Malgré cette prévalence élevée, le délai diagnostique reste encore long, entraînant une errance médicale parfois responsable d'une altération majeure de la qualité de vie.
La prise en charge de cette pathologie repose sur une meilleure connaissance des symptômes, du parcours de soins des patientes et des conséquences fonctionnelles de la maladie. En tant que professionnels de santé, il est essentiel de nous former afin d'accompagner ces femmes de manière adaptée, notamment dans la gestion de la douleur chronique, des limitations fonctionnelles et des troubles musculosquelettiques associés.
Pour le kinésithérapeute, l'endométriose représente aujourd'hui un véritable enjeu de santé publique. Les douleurs pelviennes chroniques, les troubles digestifs, les douleurs lombopelviennes, les sciatalgies, les cervicalgies, les atteintes nerveuses périphériques ou encore les dysfonctions du plancher pelvien nécessitent une prise en charge globale et fondée sur les données probantes.
Histoire de l'endométriose : une maladie connue depuis l'Antiquité
Contrairement aux idées reçues, l'endométriose n'est pas une maladie récente.
Dès l'Antiquité, des descriptions compatibles avec cette pathologie apparaissent dans les écrits médicaux égyptiens datant du Ve et VIe siècle avant notre ère. Les médecins grecs décrivaient déjà des douleurs menstruelles sévères, des troubles de la fertilité et des phénomènes inflammatoires associés aux règles.
En 1690, le médecin allemand Daniel Schrön publie une description particulièrement précise de lésions utérines présentant de fortes similitudes avec l'endométriose actuelle.
En 1927, John Sampson introduit officiellement le terme « endométriose » et développe la théorie des menstruations rétrogrades, encore largement reconnue aujourd'hui comme l'un des mécanismes impliqués dans la maladie.
À partir des années 1950, le développement de la chirurgie cœlioscopique révolutionne la prise en charge. Les décennies suivantes voient apparaître l'imagerie moderne, notamment l'IRM et l'échographie spécialisée, qui deviennent progressivement des outils majeurs du diagnostic.
Aujourd'hui, les recherches en génétique, immunologie, neuro-inflammation et médecine de précision ouvrent de nouvelles perspectives pour mieux comprendre cette pathologie complexe.
Qu'est-ce que l'endométriose ?
L'endométriose se caractérise par la présence de tissu semblable à l'endomètre en dehors de la cavité utérine.
Ces implants peuvent être retrouvés au niveau :
- des ovaires ;
- du péritoine ;
- des ligaments utéro-sacrés ;
- du rectum et du côlon ;
- de la vessie ;
- des uretères ;
- du diaphragme ;
- plus rarement des nerfs pelviens.
Sous l'influence hormonale, ces tissus ectopiques réagissent aux cycles menstruels, provoquant inflammation, fibrose, adhérences et douleurs.
L'endométriose est aujourd'hui considérée comme une maladie systémique impliquant des mécanismes hormonaux, immunitaires, inflammatoires et neurologiques.
Quels sont les symptômes de l'endométriose ?
Les manifestations cliniques sont très variables d'une femme à l'autre.
Les symptômes les plus fréquents sont :
- dysménorrhées sévères ;
- douleurs pelviennes chroniques ;
- dyspareunies ;
- douleurs lombaires cycliques ;
- douleurs digestives ;
- troubles urinaires ;
- fatigue chronique ;
- infertilité ;
- douleurs neuropathiques liées à certaines atteintes nerveuses.
L'intensité des symptômes n'est pas toujours corrélée à l'étendue anatomique des lésions.
Pourquoi le kinésithérapeute a-t-il un rôle important ?
La littérature scientifique montre que l'endométriose ne se limite pas à une pathologie gynécologique.
Les patientes développent fréquemment :
- une sensibilisation centrale ;
- des dysfonctions du plancher pelvien ;
- des troubles respiratoires diaphragmatiques ;
- des limitations de mobilité pelvienne ;
- des douleurs musculosquelettiques secondaires ;
- une diminution de l'activité physique.
Le kinésithérapeute peut intervenir dans :
- La prise en charge de la douleur chronique
L'éducation thérapeutique, l'exposition graduée à l'activité physique et les approches biopsychosociales constituent des outils essentiels.
- La rééducation du plancher pelvien
Certaines patientes présentent une hyperactivité musculaire pelvienne secondaire aux douleurs répétées.
- Le travail des cicatrices et adhérences
Après chirurgie, la prise en charge des tissus cicatriciels peut contribuer à améliorer le confort fonctionnel.
- L'activité physique adaptée
Les exercices aérobiques, le renforcement progressif et les exercices de mobilité participent à la réduction de la douleur et à l'amélioration de la qualité de vie.
- Ce que disent les recommandations internationales
Les recommandations européennes soulignent désormais l'importance :
- d'un diagnostic plus précoce ;
- d'une approche multidisciplinaire ;
- de l'utilisation de l'imagerie spécialisée ;
- d'une prise en charge centrée sur la qualité de vie ;
- de traitements individualisés selon les symptômes et les projets de grossesse. Les recommandations récentes considèrent que l'échographie spécialisée et l'IRM occupent désormais une place centrale dans le diagnostic de nombreuses formes d'endométriose.
Quel est le consensus scientifique sur l'endométriose aujourd'hui ?
1. Les douleurs liées à l'endométriose sont multifactorielles
Les recommandations de la HAS soulignent que la douleur résulte d'interactions complexes entre inflammation, atteinte tissulaire, sensibilisation périphérique et sensibilisation centrale. Cette vision justifie pleinement une prise en charge biopsychosociale incluant la kinésithérapie.
2. L'impact sur la qualité de vie est majeur
Une revue systématique publiée en 2025 confirme que l'endométriose altère significativement la qualité de vie, avec des répercussions sur la vie professionnelle, les relations sociales, la sexualité, le sommeil et la santé mentale. Les douleurs chroniques et la fatigue apparaissent comme les principaux déterminants de cette dégradation.
(Source : Azevedo C et al. Endometriosis and Quality of Life: A Systematic Review, 2025)
3. Les traitements doivent être multidisciplinaires
Les experts internationaux recommandent une prise en charge intégrée associant gynécologues, radiologues, algologues, psychologues, sages-femmes et kinésithérapeutes afin d'améliorer durablement les résultats cliniques.
4. Les traitements médicaux améliorent la douleur mais ne guérissent pas la maladie
Une méta-analyse en réseau publiée en 2024 confirme l'efficacité de plusieurs traitements hormonaux sur la réduction des douleurs liées à l'endométriose. Cependant, les récidives restent fréquentes et l'accompagnement fonctionnel demeure indispensable.
(Source : Csirzó A et al. Comparative Analysis of Medical Interventions to Alleviate Endometriosis-Related Pain: Systematic Review and Network Meta-Analysis, 2024.)
5. Le kinésithérapeute joue un rôle fondamental dans la prise en charge de l'endométriose
Une revue systématique avec méta-analyse (Can G. et al. (2026). "Physiotherapy for endometriosis-associated pelvic pain: a systematic review and meta-analysis.")ainsi qu'une seconde étude plus ciblée (Abril-Coello et al. (2023). "Benefits of physical therapy in improving quality of life and pain associated with endometriosis: A systematic review and meta-analysis." International Journal of Gynecology & Obstetrics.) démontrent l'intérêt réel joué par le kinésithérapeute sur réduction significative des douleurs liées à l'endométriose, notamment les douleurs pelviennes chroniques. Les résultats les plus prometteurs concernent les approches multimodales intégrant thérapie manuelle, exercices thérapeutiques et prise en charge du plancher pelvien (même si l'hétérogénéité des protocoles reste importante).
Conclusion
Longtemps ignorée ou minimisée, l'endométriose est aujourd'hui reconnue comme une maladie inflammatoire chronique complexe ayant un impact majeur sur la qualité de vie des patientes.
Les symptômes pouvant se confondre avec d'autres symptômes d'origine musculosquelettique, il est nécessaire de se former sur l'endométriose pour maitriser toute la partie diagnostic différentielle et optimiser la qualité de son bilan.
Face à l'augmentation des diagnostics et à l'évolution des recommandations internationales, les kinésithérapeutes ont un rôle essentiel à jouer dans le parcours de soins. Leur expertise dans la prise en charge de la douleur chronique, du mouvement et des dysfonctions pelviennes contribue à améliorer significativement le quotidien des femmes atteintes.
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- Claire Hirigoyen (Alias "Une Kinette" sur les réseaux sociaux)
- Antoine Couly (Alias "CerveauMuscle" sur les réseaux)
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Tous les 3 sont kinésithérapeutes et experts sur le sujet de l'endométriose : de sa physiopathologie, l'expression de ses symptômes au traitement kinésithérapique.
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